Thieri FOULC

061. Petit secteur (de paysage)


Petit secteur (de paysage). Je n’aime pas trop la vision paysage, qui cherche à organiser ou à dominer le monde. Plus volontiers je réduirais le paysage à un petit secteur — le contraire d’une vue d’ensemble. Soit, par exemple, une pinède. Je regarde uniquement le sol, couvert d’aiguilles de pin. Et je les peins, non pas même comme aurait fait Dürer à l’aquarelle avec toutes les nuances du bleu dans le brun, mais simplement au lavis teinté de sépia. Je n’ai pas d’ambition documentaire, et je n’en aurais sans doute ni la capacité ni la patience. Les aiguilles de pin sont pour moi des lignes de lavis au pinceau, réunies par deux grâce à un point d’attache gris, qui peuvent se juxtaposer, se superposer et s’entrecroiser presque à l’infini. Je peins ces lignes sans me soucier de l’apparence pinède, mais en veillant à l’organisation des masses, car il est exclu que des aiguilles de pin soient répandues au hasard sur le sol. Elles ont une propension à se grouper par paquets en éventail, issus de la même branche, mais aussi lorsqu’elles sont vraiment sèches, à glisser et à se paralléliser dans les creux. Certaines se piquent dans la masse des autres, ou même s’incurvent comme dans un effort pour pénétrer. Il est rare qu’elles soient brisées. Pour la beauté de la peinture il faut supposer, sous le tapis d’aiguilles de pin, des inégalités du sol, trous et mottes, avec des affleurements de terre et des concentrations d’aiguilles. Quoique faible naturaliste, je propose de noter, parmi le jeu des aiguilles, des ruptures, petites branches et brindilles, et même, en haut à droite, le départ d’un pin. Tout cela se passe quelque part au milieu des Landes.

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