Thieri FOULC

642. Poils


Poils. Il ne s’agirait pas d’un tableau réaliste, mais cela ne m’empêcherait pas de partir d’une photographie. Un agrandissement d’une aisselle, par exemple : une aisselle rasée, en noir et blanc, de cinquante ou soixante centimètres de large. Choisir le papier de façon à pouvoir peindre dessus. Teinter l’aisselle et dans la teinte, laisser se glisser des accidents. Ceux-ci sont d’abord des pores, des grains de beauté ou autres irrégularités de la peau. Les formes de la photographie, qui restent perceptibles sous la peinture transparente, permettent de les disposer selon les volumes de ce dessous de bras ouvert. À partir d’un de ces accidents, le pinceau trace une ligne, soigneuse à s’inventer un parcours et très désinvolte en fait de figuration poilue. Une ligne courte qui pourrait être un poil quand elle sort de la peau, mais se prend au jeu d’être ligne. Elle perd la notion de la troisième dimension non seulement parce qu’on cesse de marquer son modelé (le modelé d’un poil existe, quoique peu visible), mais parce que sa direction cesse de prendre en compte l’image du corps qui est là. Il faut également varier les couleurs, de façon à éviter la poussée d’ensemble. Ces poils s’associent non par leur origine naturelle, mais par leur appétit de vivre ensemble – chose rare à ce niveau de conscience.


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