Thieri FOULC

Hôtel de Sens Chambre 2


L’Hôtel de Sens, de Paul Fournel et Jacques Roubaud, est « un exemple triple de cylindre syllabique », disons une folle comédie dont chaque scène est « contrainte » par une suite de lettres disposées en cercle sur le cadran d’une « étrange machine », tels les chiffres au cadran d’une horloge. Ces lettres fournissent la charpente sonore d’une « phrase » qui constitue l’argument de chaque scène. Elles sont fixes sur le cadran de la machine. Ce qui bouge, c’est l’aiguille marquant le point de départ de la lecture, d’une part, les variations sémantiques opérées sur de la structure phonique pour créer une nouvelle phrase, d’autre part. Au premier acte, la lecture procède dans le sens direct ; au deuxième, dans le sens rétrograde ; au troisième, à nouveau dans le sens direct, mais avec de nouvelles interprétations. En tout, quarante et une scènes (plus une) sont ainsi engendrées par une unique série de lettres. La cohérence de l’intrigue reste supérieure à celle des films des Marx Brothers.
À Capri, en 2000, l’Oupeinpo a créé, pour chaque scène, un « tableau » sous contrainte. La contrainte est la suivante : chaque tableau visualise la scène au moyen d’un dessin construit sur les lettres mêmes qui la déterminent. Le texte de chaque scène étant mis en page sur un panneau, la vision « d’après nature » des événements correspondants utilise, comme points de passage obligés, les lettres qui opèrent dans la création du texte. Chaque membre de l’Oupeinpo a opéré selon sa propre méthode, certains retenant, dans le texte, les seules lettres du cadran, d’autres toutes les lettres de la phrase générée par elles ; certains s’obligeant à les relier de la façon la plus directe, par des lignes droites, d’autres les exploitant selon leur ordre d’apparition dans la phrase clé, d’autres se complaisant en arabesques et détours. Bien entendu, chacun a conservé son style.

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