Thieri FOULC

022. Cheveux


Cheveux. Nous ne sommes pas Titien et nous ne peindrons plus la chevelure de Flore. Cette masse à la fois lourde et légère, rayonnante et pleine, où apparaît pourtant l’extraordinaire finesse de chaque cheveu, de chaque poil d’un pinceau virtuel, dirait-on, cette masse de peinture qui ne doute pas de ses pouvoirs, il est exclu d’en retrouver non seulement la méthode, mais le besoin.
Cela étant, il reste des cheveux à peindre, et pourquoi pas les moches qui menacent le fond du lavabo, qu’ils vont bientôt boucher. Ils sont bruns et maigres, quasi noirs sur le blanc pas très net du lavabo non rincé. Ils dessinent des ramollissements, des isolements perdus – cheveux seuls égarés loin de la chevelure – des paquets morts. La bonde est là aussi avec son appel noir et son cuivre usé. Inutile de peindre la bonde. Qu’on sente juste le trou, l’engloutissement tuyautaire, et un peu les teintes cuivre en souvenir de Titien. Les cheveux sont sales, misérables, mais chaque courbe est un dessin, chaque trait calcule son écart par rapport au voisin, cet entre-deux suggère quelque chose et si je ne puis vous proposer Flore ni aucun autre mythe ou allégorie, je vous donne tout de même de la peinture.


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