Thieri FOULC

065. Petit secteur (du corps)


Petit secteur (du corps). Le corps est plein de petits secteurs qui me tentent tous. Ceux qui s’imposent immédiatement sont les zones de pli et de creux : l’aisselle, différents détails du sexe, féminin ou masculin, le périnée, avec échappée sur l’anus. Il ne faut pas renoncer à les peindre sous prétexte qu’ils déplairaient à certains, ou plairaient à d’autres pour de mauvaises raisons. J’aime ces plis, ces ombres et ces poils qui projettent l’imagination dans un domaine que je pressens décisif et où le dessin, qui s’acharne, qui fouille, qui emmêle les ombres, les phanères et diverses sécrétions et matières, s’approche d’une sorte de révélation. Cela étant, il ne faut pas croire qu’il y ait là des sujets faciles. Le plus compliqué est même ce qui fait l’attrait de ces secteurs. Il y a un creux, un trou, une marque qui va servir de centre pictural. Mais il ne faut pas que ce centre soit central. Il faut le déporter vers un bord et l’amener. Il faut faire sentir que ce creux est le point de rencontre de volumes forts, qui s’emboîtent et qui signifient. Il faut qu’on sente non la curiosité d’un anatomiste ou l’étourdissement d’un mystique, mais l’obsession d’un voyeur figé par la révélation de l’organique. D’où aussi la nécessité des poils, plantés sauvagement, frisés, gribouillés. Et celle de dessiner fermement les formes vers les bords — qu’elles ne s’évasent pas en baudruches négligées sous prétexte que le centre d’intérêt est ailleurs. Si l’on veut éviter des sujets aussi âpres, je proposerais un creux plus doux et qui m’est cher également : le creux poplité, entre le mollet et la face postérieure de la cuisse. Dans un tableau en largeur je mettrai alors une jambe de femme, pas trop jeune et pas trop mince pour éviter les effets de charme. Mais qu’on sente qu’à cet endroit la peau est d’une limpidité unique, que les creux y sont atténués et que les poils ne sont que duvet vers les extrémités.

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