140. Tableau-table

Thieri FOULC

140. Tableau-table,

Tableau-table. Le tableau représente ma table, vue en plan : le plan du tableau se confond avec celui de la table. Comme c’est une vieille table pseudo-rustique dont les bords dessinent des courbes et des contre-courbes, je dois choisir d’emblée : soit je découpe mon tableau au modèle, pour peindre sur une réplique du plateau de la table, soit je reproduis la forme de ma table sur une toile rectangulaire, et je peins tout autour un aplat arbitraire, voire l’espace environnant, la moquette et l’ombre portée des pieds de la table. Je choisis l’aplat arbitraire, réservant les autres solutions pour plus tard, et je le peins pratiquement noir. En effet, ma table rustique répugnante a été peinte d’une laque rouge sang-de-bœuf, que j’entends reproduire et que le cerne sombre mettra en valeur. La surface a reçu, au fil des temps, toutes sortes d’estafilades, de trous de clous, de raclages, de macules. Une part du travail s’attachera à en retrouver l’esprit, non à les décrire. Sur la table sont posées toutes sortes de feuilles de papier, les unes vierges, papier de Chine pour ces écritures, papiers déchirés pour mes collages, les autres couvertes d’écritures ou imprimées. De ces papiers aussi la peinture cherchera à rendre la présence. Même chose pour le sous-main et pour la feuille sur laquelle je suis en train d’écrire : celle-ci. Je pourrai même y figurer ce texte, jusqu’à ce point. Ou mieux : jusqu’à la fin.
Tout ceci se travaille en plan. En revanche, les autres objets vont sortir vers la troisième dimension. Mettons que la règle plate, graduée, les pinceaux, les crayons, même les gros marqueurs et les ciseaux se laissent indiquer à plat, mieux même qu’en volume, il n’en va pas de même avec la bouteille d’encre de Chine, les godets, la boîte d’aquarelle, la loupe sur pied, le pot de colle : ceux-ci, avec amour, je les fais carrément de profil. Je pourrais faire mes mains en train d’écrire. Oui. Sans doute.