Thieri FOULC

004. Portrait de dos


Portrait de dos. On n’est pas moins ressemblant de dos, hélas ! La plupart des gens se font portraiturer de face parce que c’est ainsi qu’ils ont l’habitude de se voir dans leur miroir ou de parler à autrui. Certains se sont fait faire de profil ou de trois quarts, pourquoi pas ? Mais de dos, me semble-t-il, personne, même pas les peintres qui dissimulent parfois leur autoportrait dans une vaste composition. Un portrait de dos, en buste, serait ingrat ou parodique : l’envers d’un Holbein. Personnellement, je propose plutôt le portrait en pied. Selon la personnalité du modèle, celui-ci serait nonchalant, appuyé à un chambranle de porte, en train d’attendre, certaines zones de son vêtement traitées de façon réaliste, descriptive, ce qui ne veut pas dire solide, d’autres de façon abstraite, pure peinture qui lui passe à travers le corps. On comprendrait ainsi que cet homme n’est pas tout à fait creux. Ce ne sont pas tellement les vêtements ou les proportions générales du corps qui exprimeraient la personnalité du poseur, mais sa nuque : peindre une nuque féroce ou ironique, en contraste avec l’attitude, une nuque dont les angles et les implantations de cheveux soient moins bêtes, moins passe-partout que des regards et des cils, une nuque pleine de lignes et d’épis et d’éclats, avec des taches et des tensions, et qui, d’une manière ou d’une autre, dise : « Figure, je te hais ! »


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