Thieri FOULC

005. Tranches de foie et steaks


Opposer Tranches de foie et steaks, le mou brun violacé et le saignant structuré, voilà qui ne relève pas de la nature morte ni même de la passion pour l’opposition des couleurs et des pâtes, mais de quelque chose de plus radical dans la peinture. On est bien au-delà des perceptions, bien au-delà du symbole, là où l’empoignade des cellules nous fait vivre et vomir, voir et désirer peindre. J’ai fait autrefois un tableautin, L’Homme et ses rêves de viande, qui était raté parce qu’il y avait un petit bonhomme gesticulant au milieu de baudruches rouges même pas bidoche. Avec Tranches de foie et steaks, je propose d’aller au fond de la question, en évacuant théâtre et anecdote. Tableau impossible à décrire par avance, tout en travail, hélas ! des années de revenez-y pour complexifier les couleurs, rendre le sang qui engorge ce foie et continue, oui oui, quoique en tranches, à délivrer son glucose, des années de revenez-y pour vieillir la peinture comme un organisme. Des années aussi pour suivre le parcours des nerfs et des aponévroses errant parmi le muscle, ne rien décrire, non, mais revivre cette aventure, de bifurcation en bifurcation entre les fibres, dans le mouvement de l’esprit qui tremble de se reconnaître si intégré à la CHAIR.



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