Thieri FOULC

067. Petit secteur (de doigts)


Petit secteur (de doigts). J’ai longtemps dessiné des doigts bien fuselés, à la manière quattrocentesque, avec les articulations élégamment ployées et les ongles en perspective. Mais c’était dans des ensembles où ces doigts venaient au bout de mains, et de bras, et de personnages. Un petit secteur de doigt va donner tout autre chose. Isolé, ce membre partiel va prendre une étrange indépendance. Il va être vu sous des angles inhabituels et dans une inaction énigmatique. Je vois là un index qui se dirige vers l’avant, mais sans pointer, plutôt arrondi, une sorte de trompe. D’un doigt isolé il faut exagérer les volumes. Chaque pli, chaque affaissement de la peau, chaque renflement (on est un peu gras), chaque ridule aux phalanges, chaque poil est à mettre en valeur non seulement pour faire une apparence du doigt, mais pour que cet être absurde devienne l’expression d’une impuissance féroce. Le fond pourrait être un rivage ou un linge, mais j’insisterai surtout sur le côté tentacule-boudin du doigt qui s’avance mou. De tous les doigts envisageables — car ils peuvent être deux, trois ou beaucoup plus, et ils peuvent entrer dans le tableau par n’importe quel côté, montrer un peu de paume ou de dos de la main, se contourner, se crisper et s’emmêler — les plus intéressants seront les impossibles, les cauchemardesques : les douâs.

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