Thieri FOULC

073. Petit secteur du corps : pieds


Petit secteur du corps : pieds. Pour mon ami le fou, des pieds nus étaient bien plus excitants que chaussés, mais pour moi, non. Des pieds nus ont quelque chose de pitoyable. Mais cela justifie un tableau. Comme le sentimentalisme n’est pas mon fort, je m’intéresserai surtout à l’angle que forment entre eux ces pieds que je peins, et aux angles qu’ils forment avec les bords du tableau. Il s’agit de deux pieds masculins — pardonnez ces précisions — d’âge plus très jeune et de grâce pas très sûre. Ils sont vus plutôt de derrière. Le pied gauche est coupé par le cadre à gauche, le pied droit non, mais le jarret droit oui, en haut. Le pied droit est porté en avant, le gauche en arrière, et leur angle vaut un peu plus qu’un angle droit. Ils sont dessinés durement, dans le genre misérabiliste schématique, mais sans le mauvais goût caricatural des peintures de Gruber. Les jarrets ont des gros poils, et des furoncles ou des escarres, en tout cas animer la surface. Le problème est comment peindre ça. Plutôt que de la pâte forcément déplacée ici car trop onctueuse, je ferais volontiers ces pieds au crayon sur contreplaqué ou au fusain sur papier d’emballage. La peinture, là-dedans, viendrait légère, diluée à l’essence, teignant les jambes sans empâter. Garder au dessin sa sauvagerie. Pas d’effet de lumière, peu de volume. Je reste à déterminer ce que font ces pieds : sont-ils en train de marcher sur du sable ? en train de progresser mouillés sur un plancher ? en train d’organiser quelque effort du corps là plus haut, eux-mêmes souffrant sur un goudron ensoleillé ? Ces variantes vont donner lieu à des traitements divers de la surface qui fait au fond l’essentiel du tableau.

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