Thieri FOULC

104. Une dent / une image de souffrance


Une dent plantée dans le paysage, c’est ce que j’imaginais dans mon demi-sommeil ce matin. J’avais eu mal aux dents la veille et je ne m’étonne pas que le tableau ainsi entrevu me déplaise. Ce ne peut être qu’une image de souffrance. Le pire, pourtant, n’est pas la dent, c’est le paysage de style liquéfié, dalino-expéditif, avec un ciel sanguinolent où le jour « meurt », « expire » en pleine hémoglobine. Il y a des traînées blanches et vertes, surtout dans le haut du tableau, histoire de faire fantastique. Le sol est dans les mêmes teintes sanguinolentes, mais sur un substrat brun. Les lointains se mélangent au ciel comme des laves embrasées (pour le moins) et au premier plan des traînées plus jaune-orange symbolisent un chemin. C’est là, au bord du chemin, plutôt vers la droite du tableau, que la dent est plantée, telle une borne kilométrique. Elle est peinte comme le paysage, par traînées, mais dans le sens vertical. Les teintes sont globalement les mêmes, du rouge, du jaune-orange, du brun, du vert, mais le blanc domine et fort habilement le peintre l’a densifié sur les reliefs de cette molaire, notamment aux quatre sommets. Ceux-ci semblent ainsi refléter une lumière qui n’est pas celle du jour exténué, mais une lumière venue d’ailleurs, dans laquelle la critique voudra bien reconnaître l’expression visuelle de la douleur.

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