Thieri FOULC

355. Table de réflexion

Table de réflexion. Ne pas s’occuper de l’aspect d’une table. Réfléchir. Une table c’est toujours un plan, quatre pieds et la réaction du plan, c’est-à-dire sa capacité à ne pas se laisser enfoncer par les objets posés dessus.
Un tableau c’est la même chose, sauf les pieds, généralement remplacés par un châssis et un clou (mais rien n’interdit de faire un tableau horizontal, au sol ou sur quatre pieds). La réaction du plan, toutefois, est plus subtile. Le plan réagit à l’œil et si je ne m’occupe pas de l’aspect de la table, je dois m’occuper tant soit peu de celui du tableau. Le plan réagit en s’affirmant plan et en prouvant que tous les objets qui s’enfoncent dedans ne le font qu’illusoirement.
Si je refuse l’illusion, je dois faire coïncider le plan de la table et celui du tableau. Pas d’arrière-plan, pas d’effet atmosphérique par devant, pas d’ombre. Pas de pieds, évidemment. Pas d’imitation de la surface de la table (pas de veines de bois, pas d’interstices interplanches, pas de taches ni de graffitis, pas même une peinture qui représenterait la peinture de la table, si elle est peinte). Il me faut dire : la toile c’est la table ; je la laisse brute ou, si je la peins, je peins directement la table. À partir du moment où je peins la table je puis travailler comme je veux : un aplat au rouleau, une décoration artisanale (entrelacs, fleurettes) ou un paysage à la manière d’Altdorfer, mais peint sur table. Comme on ne distingue pas la table on est en pleine illusion. Autant le savoir.
Je cultive donc l’illusion.

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