Thieri FOULC

596. Travail de nuit


Travail de nuit. Il ne suffit pas de peindre le matin au lever, comme on absorbe un médicament. Il faut encore peindre de nuit. Se lever dans le noir, trouver à tâtons le chemin de l’atelier, s’installer devant les couleurs. Admettons qu’on ait préparé les outils et pressé les tubes sur la palette pendant le jour. On est là dans la nuit devant la toile, on connaît les couleurs, les emplacements sont familiers. On va peindre une chose d’exercice, une nature morte, l’atelier du peintre dans la pénombre par exemple. On travaille, on n’est pas paralysé par le noir. Acceptons que la faible luminosité de la nuit pénètre par la fenêtre et qu’on voit ce qu’on fait, du moins on le devine. L’atelier comporte un mur, avec un angle, et sur ce mur des toiles posées à terre, retournées et appuyées, tout un jeu de rectangles accentué par les croix du châssis et par la fenêtre qui se projette dessus, avec la croix de son propre châssis. Accrochés au mur, d’autres tableaux, à l’endroit ceux-là. Même les premiers, ceux qui sont à l’envers, sont colorés, car la peinture traverse parfois la toile et forme des taches sur l’envers. Tout cela est matière pour le peintre, formes et couleurs, sans prétentions particulières. Il s’agit d’exploiter ce sujet en se fiant à ce qu’on sait de la peinture et de la production des images dans l’esprit. Au petit matin, on retourne le tableau contre le mur ; on laisse sécher. On travaillera ce tableau chaque nuit. Un jour on le retournera. On le regardera à la lumière du jour et on découvrira ses couleurs éclatantes.


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