Thieri FOULC

123. L'illumination de saint Z.


L'illumination de saint Z. Saint Z est maintenant un jeune homme, mais ça, c'est l'hagiographe qui le dit, car le saint n'apparaît pas dans ce tableau. Ce qui est peint, c'est uniquement la vision dont il a été illuminé et qui laisse croire qu'il était jeune homme, encore qu'il ait pu être aussi bien jeune garçon ou homme fait.
Il y a une jeune femme, des arbres, un grillage et les petites feuilles dures d'une haie. L'organisation de ces éléments varie selon les exemplaires, la haie et le grillage au premier plan, puis la jeune femme, puis les arbres ; ou bien la haie derrière les arbres ; ou les arbres en avant, masquant partiellement la jeune femme. Cette topologie importe peu et la jeune femme elle-même n'est pas entièrement visible. Son visage est coupé par le bord de la page, ou n'est pas net, et des éléments de sa large jupe en tissu imprimé se détachent d'elle, se mêlant aux feuilles de la haie et au sol. Le soleil joue sur son corsage, créant des taches de lumière semblables aux petites feuilles de la haie, dissolvant la forme.
Ce corsage sans manches laisse le bras entièrement visible, mais avec une singulière progression : plus on se rapproche du poignet, plus ce bras est intense, présent, comme vu à la loupe. Le peindre sera évidemment l'essentiel pour l'artiste. Car si l'on voit chaque pore, chaque cellule, chaque veinule sous la peau, l'ensemble ne se délite pas en milliers de microdétails. Au contraire, il garde son unité et acquiert la puissance d'une hallucination. Il y a comme une montée de la réalité vers le spectateur, à qui le peintre a justement offert la place du saint et qui devrait se sentir comme lui envahi, submergé, foudroyé par ces quelques centimètres carrés d'avant-bras, par cette jeune femme et par tout ce qui lui vient avec.



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