Thieri FOULC

177. Nature morte


Nature morte. Une pomme, posée sur un plan non identifiable. Si c’est une table de cuisine, rien de spécial ne l’indique. Et c’est une cuisine à ambiance noirâtre. Fond d’encre de Chine, fouillé de stries et d’orages. Ce fond mange le plan, qui n’apparaît qu’en avant, par une zone moins sombre et une double ligne oblique. La pomme – ce que je nomme ainsi – n’a rien de cézannien. Plutôt blette, brune, cabossée. Contours pas nets, fondus dans le noir. La tache-pomme représente l’essentiel du travail de peintre. Une fosse de couleurs, assourdies, certes, lorsque vues de loin, mais organiques : mouchetures, tavelures, raies, trous, grains, ombres, avachissements, dépôts, épandages, piquetages, fripures… Rien ne permet en fait de parler de pomme, puisqu’on ne voit pas de queue et que la forme elle-même se défait sous le poids. Peinture du découragement et de la fin des échanges cellulaires. Tache de fixation. Trace de ce qui fut.

Publications
chargement...