Thieri FOULC

184. Tableau noir


Tableau noir. C’est de la peinture et ça doit le rester, même s’il s’agit d’exprimer un tableau d’ardoise. Ce « tableau » se confond effectivement avec le tableau ; on ne représentera pas la planchette, les craies, l’effaçoir en feutre. On ne s’occupera pas des bords ou des défauts de surface, encore moins des traces d’effaçage. Ce tableau noir, en fait, est gris. Un gris soutenu et non uni, plutôt froid, bleuté, à ce stade du travail. Mais il va jouer le rôle d’un tableau noir. La toile est agrafée sur un mur de l’atelier et je l’utilise comme « toile de brouillon » pour mes essais. Un jour j’esquisse une composition, un autre j’étudie une forme ou une perspective, un autre un rapport de couleurs ou un mélange. Il peut m’arriver d’écrire, non seulement pour préciser ce qui se passe sur une esquisse, ou comment la faire évoluer en tableau, mais même noter des informations utiles ou inutiles, ou fixer des phrases, ou des vers, qui me reviennent à la mémoire. Pour ce faire il faut tenir trois ou quatre pinceaux et brosses fines disponibles en permanence près de la toile, ainsi que quelques couleurs claires et un médium fluide. Et régulièrement il faut effacer, c'est-à-dire repeindre du gris-noir par-dessus les esquisses et les notes. Au bout de quelques années, même si presque tout a été recouvert, le tableau noir devrait se trouver chargé d’une extrême intensité.

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