Thieri FOULC

202. Le torrent noir


Le torrent noir. Prendre un paysage d’arbres, très atmosphérique, genre Rubens ou Corot. Repérer le creux d’un ruisseau – ou n’importe quel trou, val ou contrebas. Et le noir entre en action. Si un ruisseau a déjà été figuré, il suffit d’en suivre le cours en remplaçant ses couleurs par du noir. Il passe au milieu des herbes, tourne autour de cailloux, saute en cascade parmi des roches, stagne en mare là où son lit s’élargit, mais toujours noir désormais. La question est seulement de savoir comment est ce noir : comporte-t-il des transparences ? des nuances de couleur ? mêle-t-il plusieurs noirs de qualité différente ? reflète-t-il la parcimonieuse lumière du sous-bois ? lui voit-on des ondulations ? des éclaboussures ? Oui. Si l’on suit un ruisseau déjà peint il y aura une jouissance à en conserver les péripéties, à teindre, en fait, cette eau claire en lui conservant ses autres caractères. D’ailleurs, le peintre remarquera que l’eau ne coule pas seulement dans le ruisseau, mais imprègne le sol, les buissons et les arbres, et il les réimprègnera de son noir envahissant sans en perdre les formes. En revanche, si aucun ruisseau n’a été figuré dans le tableau initial, le peintre pourra se laisser aller à son goût de l’aplat. Le torrent noir qu’il déclenche masque le sol, doit s’imposer sur des surfaces qui ne sont pas d’eau et le peintre opère comme un poseur de goudron. Il impose au paysage un noir étranger.

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