Thieri FOULC

231. Image de souffrance (7). Fête de famille


Image de souffrance (7). Fête de famille. Je n’aime pas les familles ni les fêtes de famille, mais bien pire serait pour moi d’en faire un tableau. Rien que pour l’imaginer il me faut procéder par étapes. Dans une première toile, on voit un jardin, un de ces jardins cossus pleins d’arbres (à gauche), d’arbustes en boule (devant les arbres et à droite), de massifs de fleurs (au pied des arbustes), de pelouses grasses (grass comme le gazon anglais). Les arbres à gauche montent jusqu’au bord supérieur du tableau mais à droite on voit le ciel : bleu, avec des pelotes de nuages, et rempli de soleil même si l’on n’en voit pas le disque. Le soleil doit être quelque part au-dessus du spectateur (au-dessus du peintre qui ne saurait être moi) et il projette sur la pelouse de grandes zones de lumière jaune. Au bout de la pelouse, se détachant sur un fond d’arbres mais masquant aussi une ouverture vers une demeure démodée, il y a un groupe de gens, hommes et femmes vêtus de couleurs claires. Ils sont trop loin pour qu’on distingue les détails de leurs vêtements et de leurs attitudes. Ils forment des groupes, sauf quelques-uns qui se tiennent à l’écart. Le tout est peint dans un style impressionniste qui ne cadre pas tout à fait avec ce qu’on devine des vêtements.       Dans une deuxième toile, le peintre s’est rapproché des personnages. On voit maintenant leur visage, en style impressionniste élargi (la touche, notamment, est élargie, formant plaques). Au centre, une petite femme boulotte tient un bébé dans ses bras. Il a un bonnet de dentelle et une barboteuse blanche. La femme aussi est en blanc, du moins le corsage (la jupe est rose). Autour d’elle, d’autres femmes, de diverses hauteurs et de divers roses (pour la figure notamment). Sur les côtés, il y a des personnages de dos, hommes et femmes, avec du jaune et du violet dans les vêtements mais aussi dans les cheveux, dans le cou, dans leur profil perdu. Entre deux femmes, à l’arrière-plan, on aperçoit un homme de profil, noble visage aux cheveux plaqués en arrière, qui s’entretient avec un autre du même genre mais tourné dans l’autre sens et visible lui aussi entre deux femmes. Tous cela ressemble à la peinture de Jacques Lartigue. Une troisième toile montre en gros plan le bébé tenu par la petite femme et cerné par les autres. Le soleil a baissé et le temps a passé. Les corsages soumis au contraste simultané des couleurs selon la loi de Chevreul affichent de puissantes taches bleues et orange, violettes et jaunes, vert sombre et rouge pâle. Certains sont déboutonnés et laissent apercevoir des soutiens-gorge et des taches de rousseur. Les visages sont hors cadre, le ciel aussi. Dans la lumière maintenant contrastée, le bébé se montre plein de plis, sur sa barboteuse mais aussi sur son visage. Des plis violacés à ombre verte qui strient le front, prolongeant les yeux et auréolant la bouche, car il hurle et ça ne peut être que moi.

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