Thieri FOULC

260. L’obturateur


L’obturateur. Tu te mets à la place de la lumière dans un appareil photographique ; mais comme tu n’es pas un peintre rétinien, tu t’installes derrière l’obturateur, pendant la fermeture des deux rideaux, juste après qu’ils se sont croisés. Tu es donc dans le noir, avec la mémoire d’une lumière impressionnée quelque part en toi, mais pas sur la toile.
Tu sais fort bien ce qu’est cette lumière, mais ce que tu peins aujourd’hui c’est l’obturation, et pas question qu’une image aille se réfléchir dans le noir. Tu choisis une toile fine, de petit format. Avant de la tendre, tu commences ainsi : vers les trois cinquièmes de la longueur tu renforces la toile, comme une lisière qui ne serait pas en lisière. Pour cela tu tisses de nouveaux fils entre ceux qui existent déjà, formant une bande verticale plus serrée sur une largeur de 8 ou 10 millimètres. Du côté droit (si la bande est plutôt à droite dans la toile). Tu termines par une mince baguette rigide, en acier. Tu tends la toile, sectionnes la baguette de façon qu’elle ne dépasse pas, et tu peins. Tout noir.
La bande à double tissage et la baguette d’acier vont créer un effet de surface, bord d’un des rideaux. Ceci sera rendu perceptible non par ta lumière ; par une lumière commune, celle du monde extérieur.

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