Thieri FOULC

313. Tableau noir


Un grand carton gris, assez encollé pour se prêter à l’écriture. Choisir un jour de hargne, où l’on a beaucoup à dire et à redire à l’univers. Un bambou taillé, de l’encre de Chine et en avant ! On s’exprime en noir sur gris. « Il n’est pas admissible que… » « Je me refuse désormais à… » « Il est hors de question de… » « On n’a jamais vu que… » Bien entendu, ce qui n’est pas admissible et même ce qu’on n’a jamais vu, c’est justement ce qui est. À mesure que le peintre-écriveur constate l’étendue des dégâts, le grand carton se couvre d’encre. Comme l’inadmissible est potentiellement égal à l’univers et que le support de l’œuvre est, lui, de dimensions limitées, il n’y a bientôt plus moyen de poursuivre, sauf à écrire entre les lignes, entre les mots, entre les jambages et dans les vides des lettres, et finalement en recouvrant les écritures précédentes. La hargne fait son œuvre. Les strates de récriminations s’accumulent. À force de se recouper, l’écriture devient confuse. Brouillage de la protestation. Tableau noir.


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