Thieri FOULC

373. Décor (naturel) antipersonnage


Décor (naturel) antipersonnage. Prenons le tableau verticalement. On va y peindre le « bord » d’un paysage, un bord étroit où personne ne peut prendre pied. C’est le bord d’un plateau, avant l’à-pic de la falaise. Je peux même le peindre en vert herbe, si on me le demande aimablement. Personnellement, je le vois plutôt gris-noir, avec des mouchetures vertes, des débuts de mousse sur la pierre, mais l’herbe, il n’y faut pas encore songer, elle viendra peut-être au printemps, et encore… Ce bord longe, de façon déchiquetée, le bord inférieur et le bord vertical gauche du tableau, jusqu’en haut, malgré ou pour la distorsion optique que cela suppose. À certains endroits les concavités du tracé permettent de faire voir le plan vertical de la falaise, noirâtre lui aussi et organisé, devine-t-on, par de vertigineuses découpes. Tout le reste du tableau est rempli de rochers : la surface est supposée représenter la mer, mais pour que nul n’y vienne, même en bateau, je la hérisse de récifs, de rocs surgissant aux endroits où l’on espérait le calme et forts de formes déplaisantes. Cette mer semée d’obstacles monte jusqu’en haut du tableau, aucun horizon, aucun ciel. Laissez-moi seul.

chargement...