Thieri FOULC

385. Recoin


Recoin. Sans doute s’agit-il d’un « petit secteur », mais ce serait un secteur d’invisible. Un recoin de l’imaginaire ayant une forme de recoin. Je vois un mur de fond, dans les rouges violacés, entretaché de blanchâtre. La notion de mur est d’ailleurs approximative, car ce fond ne donne pas une impression de dur. Il n’y a pas de sol. Le premier plan est certes un plan horizontal, mais il ne s’articule pas au mur, il est en avant de lui, laissant un vide entre eux et sous lui, un vide que le dessin ne décrit pas mais que la peinture ouvre par ses pouvoirs propres, ombre et différences de matière. À gauche, pour que ce soit un recoin, il faudrait un mur de retour, mais nous sommes dans l’imaginaire et les images n’obéissent pas à la géométrie dans l’espace. Ce qui ferme le recoin à gauche est aussi ce qui est logé dans ce recoin : une grappe glandulaire, une collection de ris de veau et d’ovaires de génisse, apparaissant dans le tableau là où Vermeer aurait placé un lourd rideau virtuosement chamarré. Cette grappe qui tombe d’en haut s’appuie sur le plan horizontal. Elle le déborde, elle le pénètre, elle s’y incorpore, car on est toujours dans les rouges, comme des hématomes et des hémorragies, avec des traînées blanchâtres, comme des aponévroses, et ces plans, ces ombres et ces glandes sont de même nature fusionnelle. Tout ça, c’est un petit secteur d’inconnu qu’il importe de regarder de plus près.

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