Thieri FOULC

545. Lit de mort


Lit de mort. Il faut le prendre de face, sinon je n’y arriverai jamais. Il est en haut dans le tableau, à peu près centré, avec le sol qui l’entoure sur les trois autres côtés. Le sol est noir et glissant ; il n’est pas égal, pas uni, pas propre. Je n’aurai pas le courage d’y coller un mouchoir, mais il y faut au moins des fibres, prises dans la peinture noire. Certaines viennent du lit, où elles ont reçu la couleur du lit. Je ne peux voir qu’un gris-vert, une couleur quasi cadavérique, celle des gens qui ne sont pas encore morts, mais dont le sang, déjà, s’est retiré du visage. La peinture est passée comme une peau, avec des resserrements et des rides. Aucun objet figuré sur ce lit. Même si, par les gestes de peindre, des formes se dessinent, si des suggestions surviennent, je m’efforcerai de les éteindre, de les confondre dans la peinture.

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