Thieri FOULC

588. Parabole


Parabole. Je voudrais peindre, ou posséder tout fait, un petit tableau chaleureux et soigné montrant un paysage de ville, traité sans barbouillage, avec ce goût de la clarté qu’ont des peintres comme André Bauchant. Il y aurait des maisons en arrière-plan, comme une place, et en avant-plan un terre-plein avec une rangée d’arbres. D’autres arbres plus loin vers les maisons. Un après-midi d’été. La petite ville n’est guère active. Elle est figée dans une sorte de classicisme mais sans la solennité de Poussin ni même de Corot. Il y a des massifs de fleurs aux teintes mêlées et des jeux d’ombre sous les arbres, fermes et géométriques comme du Vallotton. Ce qui évoque le style Bauchant, c’est surtout une petite fille massive, aux volumes aussi fermes que celui des troncs d’arbres voisins, une petite fille en short plutôt qu’en jupe, et portant des chaussures de basket bien structurées. Elle court sur le trottoir de terre-plein, sous les arbres et leurs ombres, le long des volumes de fleurs, de la gauche vers la droite et de l’avant-plan vers le fond. Elle est donc vue de trois-quart arrière et le trottoir enfonce sa perspective devant elle. Cette scène charmante et banale constitue néanmoins un tableau fantastique. Le bras droit de la petite fille, dans le mouvement de course, se porte en avant et désigne quelque chose : au bout du terre-plein, là où cesse la rangée d’arbres, on distingue, flottant au-dessus du trottoir, la fine ligne d’une parabole éclairée par la lumière d’un soleil absent du tableau, dont les deux branches montent largement au-dessus des maisons et se perdent hors du cadre.


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