Thieri FOULC

316. Petit secteur


Petit secteur. Une toile moyenne, carrée ou à peu près. Par ce détestable format, on perçoit un fragment de table et un peu d’arrière-plan. Sur la table rouge sang-de-bœuf se détache un rectangle de papier, qui n’est d’ailleurs pas rectangulaire puisqu’on n’en voit qu’un angle. Ce papier est en fait une « chemise », une feuille légèrement cartonnée, gris-beige, teinte pratiquement identique à celle de l’arrière-plan. Peindre l’entrebâillement entre les deux pages de la chemise, le gonflement du côté du pli, qui va s’amincissant vers la gauche, où les bords se trouvent hors champ. La chemise se voit à l’envers pour le spectateur, et il faut faire effort pour lire le titre inscrit au pinceau noir : Il reste / tant de / oses à / eind / e / vol. ……………………………
C’est là le titre initial de la présente entreprise de peinture écrite, du moins sa partie visible. Dans l’ombre de l’entrebâillement se trouvent potentiellement les trois cent quinze tableaux déjà « peints ». À part cette ombre, le peintre aura soin de ne marquer aucun clair-obscur, aucun dégradé dans le tableau. Tout en à-plat. De la sorte, il tirera parti du format carré et réalisera un tableau regardable des quatre côtés, évitant au spectateur arthritique de se contorsionner pour déchiffrer l’inscription. La nuance de couleur qui distingue l’arrière-plan de la « chemise » doit rester infinitésimale. C’est le monde entier qui est là, à l’arrière-plan, prêt à s’engouffrer dans le recueil des choses peintes.


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