600. Dépeindre

Thieri FOULC

600. Dépeindre,

Dépeindre n’est pas moins important que peindre. Devant un tableau fait par un autre, l’envie vous prend de gratter, de défaire ce qui a été fait, d’alléger, de retrouver ce que ce peintre avait eu d’intuition picturale avant de se laisser aller à sa lourde besogne, à son travail forcé, à son sens de l’observation, à sa recherche de l’imitation d’un style, à son besoin de parfaire, à son goût existentiel de l’œuvre achevée. On achève bien les condamnés. Les plus commodes à dépeindre sont évidemment les tableaux gras et pâteux, qu’on peut attaquer au couteau à palette. J’en ai justement un sous la main, un vase avec des fleurs aux pétales en relief, quasi sculptés dans la pâte. Le fond derrière le vase est sombre et peu présent, tant le bouquet envahit. Le vase lui-même est plein de matière, le peintre ayant voulu représenter du cuivre martelé avec des reflets de lumière qui sont autant de touches de blanc épais. Je racle. Le pot de cuivre perd son éclat et son contour. Les fleurs se dégagent de leur fonction potiche. J’enlève de l’épaisseur, mais pas tout. J’en enlève sur le fond, mais je laisse un peu de pétale à côté. On commence à comprendre que le peintre, avant de sculpter sa pâte avait indiqué des masses et surtout avait esquissé des vibrations colorées. C’est ça que je garde. Je brise la séparation entre fleurs et vase, je rigidifie le bouquet et son vase pour en faire un rectangle (je repeins un peu le fond pour affirmer le rectangle central). La table a désormais l’allure d’un trottoir, le fond est un mur. J’aime bien ces fleurs maintenant, avec leurs teintes brouillées que ne limitent plus les formes. Et j’aime ce rectangle qui marche sur le trottoir.


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